eIDAS 2.0 et le portefeuille européen d'identité (EUDI Wallet)

· Ethan Consulting

En 2014, le règlement eIDAS a doté l’Europe d’un cadre commun pour la signature électronique et les services de confiance. Dix ans plus tard, l’Union franchit une nouvelle étape : le règlement (UE) 2024/1183, surnommé « eIDAS 2.0 », instaure un portefeuille européen d’identité numérique (EUDI Wallet) et ajoute de nouveaux services de confiance.

C’est une réforme structurante, mais souvent mal comprise. Beaucoup d’entreprises craignent qu’elle bouleverse la valeur de leurs signatures actuelles. Ce n’est pas le cas. Cet article fait le point sur ce qui change réellement — et sur ce qui ne change pas — pour les TPE, PME et associations françaises.

1. De eIDAS 1 à eIDAS 2 : modifier, pas remplacer

Le règlement (UE) n° 910/2014 du 23 juillet 2014, applicable depuis le 1er juillet 2016, reste le texte de référence. eIDAS 2.0 ne l’abroge pas : il le modifie et le complète.

  • Règlement (UE) 2024/1183 — adopté le 11 avril 2024, entré en vigueur le 20 mai 2024.
  • Son objectif : établir le cadre européen relatif à une identité numérique.
  • Sa pièce maîtresse : le portefeuille européen d’identité numérique.

Concrètement, le corpus juridique de la signature électronique que vous connaissez continue de s’appliquer. eIDAS 2.0 vient l’enrichir, pas le démanteler.

Les trois niveaux de signature restent identiques

C’est le point le plus important pour rassurer les entreprises : eIDAS 2.0 ne change pas les définitions des trois niveaux de signature.

NiveauStatut sous eIDAS 2.0
Signature électronique simple (SES)Inchangée — valide et suffisante pour la plupart des documents
Signature électronique avancée (AES)Inchangée
Signature électronique qualifiée (QES)Inchangée — équivalente à la signature manuscrite

Si vous utilisez aujourd’hui une signature électronique simple pour vos devis, contrats ou conventions, rien ne vous oblige à changer. La SES conserve exactement la même valeur probante qu’avant.

2. Le portefeuille européen d’identité numérique (EUDI Wallet)

Le cœur d’eIDAS 2.0 est introduit par le nouvel article 5a du règlement 910/2014. Chaque État membre devra fournir au moins un portefeuille d’identité numérique à ses citoyens et résidents.

Ce qu’est le portefeuille

Une application mobile sécurisée qui permet à son titulaire de :

  • Stocker son identité et des attestations d’attributs (diplômes, permis de conduire, justificatifs professionnels, etc.) ;
  • Les présenter de façon sélective — ne partager que l’information strictement nécessaire (prouver qu’on est majeur sans révéler sa date de naissance, par exemple) ;
  • S’authentifier auprès de services publics et privés à travers toute l’Union.

Trois garanties fondamentales

  1. Gratuit pour les particuliers. L’émission, l’utilisation et la révocation du portefeuille sont gratuites pour toute personne physique.
  2. Volontaire. Personne n’est obligé d’utiliser le portefeuille. Le règlement pose un principe de non-discrimination : refuser un service à quelqu’un au seul motif qu’il n’utilise pas le portefeuille est interdit.
  3. Respectueux de la vie privée. Le portefeuille est conçu selon les principes de privacy by design : divulgation sélective des attributs, possibilité de générer des pseudonymes, contrôle de l’utilisateur sur ses données, et séparation stricte des données du portefeuille. La Commission encourage en outre des techniques cryptographiques avancées (preuves à divulgation nulle de connaissance) pour limiter le traçage — un volet encore en cours de spécification.

La signature qualifiée gratuite : un tournant

Détail majeur pour le monde de la signature électronique : l’article 5a prévoit que le portefeuille permettra à toute personne physique de créer des signatures électroniques qualifiées (QES) gratuitement. Les États membres pourront toutefois réserver cette gratuité à un usage non professionnel.

Jusqu’ici, la QES — le niveau le plus élevé, équivalent à la signature manuscrite — supposait une vérification d’identité poussée et un certificat délivré par un prestataire qualifié, souvent payant. Demain, un particulier pourra signer au niveau qualifié directement depuis son portefeuille, sans frais. C’est un changement potentiellement profond pour les actes les plus sensibles.

3. Quatre nouveaux services de confiance

eIDAS 2.0 élargit la liste des services de confiance qualifiés. Quatre nouveautés méritent l’attention :

  1. L’attestation électronique d’attributs (EAA) — un service permettant de certifier électroniquement des attributs d’une personne (âge, diplôme, qualité professionnelle…). La version qualifiée est encadrée par le nouvel article 45f.

  2. Le service d’archivage électronique qualifié — eIDAS 2.0 reconnaît pour la première fois l’archivage électronique comme un service de confiance à part entière (article 45i), avec une version qualifiée (article 45j). C’est une consécration européenne de l’archivage à valeur probante, jusqu’ici principalement encadré par le droit national et les normes AFNOR.

  3. Les registres électroniques (electronic ledgers) — un nouveau service qualifié (article 45l) destiné à enregistrer des données de façon séquentielle, horodatée et inviolable, dans l’esprit des technologies de registre distribué.

  4. La gestion qualifiée de dispositifs de création de signature et de cachet à distance (articles 29a et 39a) — qui encadre les services de signature « dans le cloud » de niveau qualifié.

4. Calendrier et état d’avancement

eIDAS 2.0 se déploie par étapes, au rythme de l’adoption d’actes d’exécution (les textes techniques d’application) :

  • 20 mai 2024 — entrée en vigueur du règlement 2024/1183.
  • 28 novembre 2024 — adoption du premier paquet de cinq actes d’exécution (règlements (UE) 2024/2977 et 2024/2979 à 2024/2982), couvrant les fonctionnalités essentielles du portefeuille, la délivrance des données d’identité, la certification, l’écosystème et les protocoles (bibliothèque de la Commission).
  • 2025 — adoption progressive des actes d’exécution complémentaires, dont celui relatif à l’archivage électronique qualifié.
  • Fin 2026 — échéance à laquelle chaque État membre doit mettre au moins un portefeuille à disposition de ses citoyens.

Et la France ?

La France s’appuie sur l’application France Identité, déjà opérationnelle, qu’elle fait évoluer pour la rendre conforme au cadre eIDAS 2.0. Elle a participé aux pilotes européens à grande échelle chargés d’éprouver le portefeuille en conditions réelles. Le déploiement grand public s’inscrit dans la continuité de l’échéance européenne de fin 2026. Pour une présentation du cadre eIDAS par l’autorité nationale, voir le site de l’ANSSI.

5. Ce que cela change concrètement pour les TPE, PME et associations

Faut-il s’inquiéter ou se réjouir ? Plutôt se réjouir — à condition de garder le sens des proportions.

  • Vos signatures actuelles restent valides. Une SES bien outillée demeure parfaitement opposable. Inutile de migrer en urgence vers la QES.
  • La vérification d’identité va se simplifier. À mesure que les portefeuilles se généraliseront, identifier de façon fiable un signataire deviendra plus simple et plus standardisé à l’échelle européenne.
  • La signature qualifiée devient plus accessible. Pour les actes à fort enjeu (cessions, mandats importants), pouvoir s’appuyer sur une QES gratuite via le portefeuille sera un atout.
  • L’archivage probant gagne un statut européen. La reconnaissance d’un service d’archivage qualifié conforte l’importance de bien conserver vos documents signés — un sujet que nous détaillons dans notre guide sur l’archivage à valeur probante.

Le piège à éviter : croire qu’eIDAS 2.0 rend la SES obsolète. Ce n’est pas le cas. Pour 90 % des documents professionnels, la signature électronique simple reste le bon outil — proportionné, rapide et juridiquement solide.

6. Et Sesign dans tout ça ?

Sesign propose aujourd’hui la signature électronique simple, conforme au règlement eIDAS, avec piste d’audit complète, chaîne d’empreintes cryptographiques et hébergement en France. eIDAS 2.0 ne remet en cause aucun de ces fondamentaux : la SES conserve toute sa valeur.

Notre position est pragmatique :

  • Continuité. La validité juridique des signatures réalisées avec Sesign n’est pas affectée par eIDAS 2.0.
  • Veille active. Nous suivons l’adoption des actes d’exécution et la montée en charge des portefeuilles nationaux, en particulier France Identité.
  • Intégration progressive. À mesure que l’écosystème du portefeuille européen se stabilisera, l’identification des signataires via le portefeuille pourra renforcer encore la valeur probante des signatures — dans le respect de notre exigence de simplicité.

Notre conviction reste la même : la majorité des entreprises et associations françaises n’ont pas besoin de la signature qualifiée pour leurs documents courants. Elles ont besoin d’une signature simple, fiable, conforme et bien documentée. C’est exactement ce que Sesign propose, et continuera de proposer dans le cadre d’eIDAS 2.0.

7. Conclusion

eIDAS 2.0 n’est pas une rupture, c’est une extension. Le règlement (UE) 2024/1183 ajoute un portefeuille européen d’identité numérique, une signature qualifiée gratuite pour les particuliers et quatre nouveaux services de confiance — dont l’archivage électronique qualifié — sans toucher aux trois niveaux de signature que les entreprises utilisent au quotidien.

Pour les TPE, PME et associations, le message est rassurant : ce qui fonctionne aujourd’hui continuera de fonctionner, et de nouveaux outils viendront, à terme, enrichir la palette disponible.

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Cet article présente l’état du droit européen au moment de sa publication. Le déploiement d’eIDAS 2.0 et du portefeuille européen d’identité numérique se poursuit par l’adoption d’actes d’exécution successifs ; certaines modalités sont susceptibles d’évoluer. Cet article ne constitue pas un avis juridique adapté à votre situation particulière.

Questions fréquentes

Qu'est-ce qu'eIDAS 2.0 ?

eIDAS 2.0 est le nom courant du règlement (UE) 2024/1183 du 11 avril 2024, entré en vigueur le 20 mai 2024. Il ne remplace pas le règlement eIDAS de 2014 : il le modifie pour instaurer un cadre européen d'identité numérique, dont la pièce maîtresse est le portefeuille européen d'identité numérique (EUDI Wallet). Il ajoute aussi quatre nouveaux services de confiance, mais ne change pas les trois niveaux de signature électronique (simple, avancée, qualifiée).

Qu'est-ce que le portefeuille européen d'identité (EUDI Wallet) ?

Le portefeuille européen d'identité numérique est une application mobile, fournie par chaque État membre, qui permettra à chaque citoyen de stocker son identité et des attestations (diplômes, permis, justificatifs) et de les présenter de façon sélective. Il sera gratuit pour les particuliers et son usage restera volontaire. Il permettra notamment de créer gratuitement des signatures électroniques qualifiées pour un usage non professionnel.

Le portefeuille européen d'identité sera-t-il obligatoire ?

Non. Le règlement impose à chaque État membre de fournir au moins un portefeuille, mais son utilisation par les citoyens reste totalement volontaire. Le texte garantit même un principe de non-discrimination : une personne qui choisit de ne pas utiliser le portefeuille ne peut se voir refuser un service pour ce seul motif.

eIDAS 2.0 change-t-il la valeur de la signature électronique simple ?

Non. eIDAS 2.0 ne modifie pas les définitions ni la valeur juridique des trois niveaux de signature (SES, AES, QES). La signature électronique simple reste parfaitement valide et suffisante pour la grande majorité des documents professionnels courants, comme avant. Le règlement ajoute des outils (portefeuille, nouveaux services de confiance) sans rien retirer à l'existant.

Quand le portefeuille européen sera-t-il disponible en France ?

Les États membres doivent mettre un portefeuille à disposition de leurs citoyens d'ici fin 2026. La France s'appuie sur l'application France Identité, déjà opérationnelle, qu'elle fait évoluer pour la rendre conforme au cadre eIDAS 2.0, et a participé aux pilotes européens à grande échelle. Le déploiement grand public s'inscrit dans la continuité de cette échéance européenne.

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